| On sait bien que le succès,
la popularité d'un film auprès du public, des ciné-téléspectateurs
et des critiques dépend autant du niveau de coїcidences
entre son contenu et l'Inconscient collectif que du fait - à quel
degré le metteur en scène a senti, a deviné des besoins sociaux
actuels dont tous n'ont pas encore pleine conscience.
D'autre part si l'on envisage un film du point de vue de télé
ou cinéspectateurs on peut constater que c'est leur désir de se
relaxer, de se libérer des soucis quotidiens, de se décharger
de toute responsabilité, de s'échapper dans un monde illusoire
qui sont à la base de leur intérêt de voir tel ou tel film.
Donc, dans les deux cas on pourrait envisager un film en tant
qu'un rêve collectif. La place très importante dans la construction
du film appartient à l'image qui devient un élément principal.
L'image est le meilleur modèle pour étudier des phénomènes psychiques
pendant le travail avec des clients. D'autant plus que quand il
s'agit d'une image qui se développe dans le temps. D'abord dans
l'image il y a toujours deux côtés de vie humaine : sensuel et
symbolique. Ensuite l'image est présentée comme une unité de composants
cognitif, émotionnel, esthétique et comportemental de la réalité.
Troisièmement, comme règle le client qui vit dans l'athmosphère
de culture visuelle contemporaine comprend bien ces images et
il y est habitué. Dans l'art-thérapie on travaille beaucoup avec
des images de dessins, de peinture, de danse, de musique avec
des formes et matériel différents, des ouvres littéraires, des
pièces de spectacle etc.
Pendant une séance de thérapie l'accent se fait sur le travail
avec des images d'un film d'art. Le but principal est de créer
des conditions où le client pourrait étudier ses propres problèmes
psychologiques, analyser ses particularités, ses capacités émotionnelles,
cognitives, comportementales.
On choisit d'avance un film pour chaque séance, sur un thème qui
est directement lié aux problèmes psychologiques d'un client (vie
conjugale, contacts sexuels, relations parents-enfants, comportement
rigide, situations imprévues dans la vie quotidienne et professionnelle,
orientations vers des actions manipulatrices au cours de la communication
et ainsi de suite.
Le travail est organisé en groupes de 5 à 15 personnes. Une séance
dure 1.5 - 2 heures et comprend quelques étapes. On débute par
l'introduction sur un film à voir (époque de création, metteur
en scène, vedettes, d'autres interprètes etc.). Les clients sont
priés de regarder un film en faisant attention à leurs propres
émotions, sensations, vives impressions.
Après la présentation du film on fait une petite pause. Après
quoi c'est la deuxième étape qui commence. Chaque membre du groupe
parle de ses impressions en tant qu'un spectateur. La tache principale
de cette étape est de donner à chacun la possibilité de raconter
(décrire, exprimer) ses propres
sentiments et d'entendre parler l'autrui des sentiments qu'il
a éprouvés, lui aussi, lors de la présentation. A la troisième
étape le psychologue-cliniciste propose de rappeler certains épisodes,
scènes ou images du film et de les présenter comme un message,
c'est-à-dire de trouver le deuxième plan, sa charge symbolique.
En réalisant l'analyse-film l'accent est mis sur les recherches
des moments de coїcidences et de non- coїcidences
entre :
· le matériel cinématographique (genre, sujet, personnages, acteurs,
tonalité, ambiance) qui correspond ou non aux goûts personnels,
aux états émotionnels des spectateurs - clients (j'aime ça - je
le deteste, cela m'intéresse - c'est ennuyeux pour moi etc.) ;
· les sentiments de l'individu et ceux des autres membres du groupe
;
· le contenu du travail accompli par les participants et le contenu
de l'étape vue par un psychologue-thérapeute ;
· le niveau et les formes d'activité de chacun dans le groupe
par rapport aux autres ;
· le niveau de coїcidences dans la perception
subjective de la sémantique de l'image mise à l'analyse par rapport
à tout le groupe. Donc, les critères importants d'interprétation
des résultats des interactions groupales sont suivants :
· harmonie dans les sentiments des spectateurs et ceux des personnages
principaux,
· perception globale du film comme d'un évenement ayant son début,
son milieu et sa fin,
· possibilité pour chacun d'exprimer son avis personnel, de parler
de ses propres sentiments même s'ils sont contradictoires à ceux
des autres membres du groupe,
· capacité de chacun dès le début de ne pas donner des évaluations
et des appréciations cognitives car les règles de jeu l 'interdisent,
· capacité à l'étape avancée de mettre en relief des images sousentendues
implicites (cachées), leur sémantique, jeu de scène, répliques
des personnages.
Cette méthode de travail avec des clients que nous appelons «
analyse-film » a aussi d'autres noms tels que, par exemple, «
cinéthérapie », « cinémalogie ».
A notre avis, cette technique convient bien pour le travail avec
des clients originaires de l'ex-Union Soviétique. Sous le pouvoir
soviétique des services psychologiques étaient interdits. On croyait
bien que chaque soviétique était très « consciencieux» et aurait
pu surmonter lui-même sans difficulté tous les problèmes psychologiques,
intérieurs et extérieurs, sans aide supplémentaire. Dans le cas
où il n'y réussissait pas c'étaient ses collègues - membres du
parti (communiste) qui passaient toujours pour la partie, la plus
consciencieuse, la plus reputée de la société soviétique qui s'en
mêlaient, analysaient un cas individuel et donnaient des conseils
avancés à l'unanimité concernant des formes et des delais pour
enlever ses problèmes.
C'est un fait reconnu qu'après 1936 un grand nombre de psychologues
avaient disparu, avaient été fusillés ou déportés en Sibérie.
La mémoire historique des clients d'âge moyen ou avancé leur dit
que s'adresser à un psychologue signifie « à un psychiatre » même
s'il est question des problèmes de développement personnel.
La méthode analyse-film permet d'organiser le travail psychologique
avec des clients d'une manière naturelle et effective.
Dans la formation des psychothérapeutes à la Faculté de psychologie
à l'Institut International de Psychologie Pratique de Riga que
nous présentons à ce colloque nous attachons une grande importance
à l'initiation de nos étudiants à cette méthode de travail avec
des clients. Ce travail est destiné à développer la sensibilité
pour augmenter le niveau de perception, des capacités de voir,
de distinguer le deuxième ou le troisième plan du sens d'un message,
d'une communication, car pendant le travail avec des clients on
voit toujours qu'un ou deux participants à chaque séance se montrent
extrêmement
rationnels. Ce qui caractérise leur rationalisme c'est que ces
sujets restent insensibles à leurs propres sensations, émotions.
Ils ne se servent que de leur intellect (ils raisonnent, avancent
des idées, critiquent etc.) en ignorant absolument leur corps
émotionnel.
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