| La psychologie
des groupes change avec l'âge des personnes qui les composent,
avec leur pathologie mentale, avec la culture à laquelle
elles appartiennent . De plus une caractéristique essentielle
des groupes d'enfants et d'adolescents est d'être constitués
par un rassemblement dissymétrique d'adulte(s) et de jeunes.
Cela différencie radicalement les groupes thérapeutiques
d'enfants et d'adolescents des groupes thérapeutiques d'adultes
et implique une réflexion théorique spécifique
tenant compte de cette présence de l'adulte vécue
diversement selon les âges .
, Les relations de groupe sont présentes tout au long
de l'évolution de sa vie et la tendance au groupement présente
un caractère réellement spécifique dès
le plus jeune âge, bien que les exigences physiologiques
et affectives spécifiques semblent s'opposer à la
notion même de groupe de pairs dans la petite enfance .
En effet, les conditions du développement dans les premières
années fixent l'enfant au noyau familial dont il est issu
si fortement (en particulier à sa mère dont il reste
longtemps presque totalement dépendant pour sa survie)
qu'il ne parait pas pouvoir en être détaché
. Cependant l'approfondissement des travaux sur les origines
de la socialisation exige de déborder le cadre des seules
relations mère ou père enfant Dès l'âge
de la crèche, en effet, les interactions entre nourrissons
sont nombreuses et variées et des relations stables peuvent
se créer . C'est ainsi que des observateurs éthologues
tels que H. Montagner ont pu mettre en évidence, chez les
plus petits, des caractéristiques qui différencient
nettement la communication des enfants entre eux de celle que
nous leur connaissons avec les adultes . Les interactions ne sont
pas du même type : entre enfants seuls, on remarque plutôt,
la découverte en commun des jeux et de l'espace , la compétition
et certaines manifestations agressives qui sont également
observées ont par ailleurs pour but à l'intérieur
de ces jeux, de s'assurer un rôle dominant ou tout simplement
de tester les réactions des autres. Il semble que cette
aire de communication doive constituer une source très
importante d'enrichissement, d'apprentissage et d'estime de soi
qui, si elle reste utilisable à l'âge adulte, peut
être un apport très important à la vie sociale.
En revanche, lorsque les interactions se font avec l'adulte, ce
sont les comportements affiliatifs: demande d'aide, de consolation
, de protection qui prédominent. D'autre part, en présence
de l'adulte, les enfants abandonnent les modes d'interactions
qu'ils avaient mis en place lorsqu'ils étaient seuls entre
pairs, pour privilégier les modes de communications plus
spécifiquement socialisés destinés à
l'adulte et qui alors se généralisent à tout
le groupe d'enfants. Mais cela entraîne une certaine perte
des compétences créatives de l'enfant qui ainsi
n'expérimenterait plus toutes ses potentialités.
Il est là bien sûr question d'interactions et pas
de fonctionnement groupal, précisément chez l'enfant
petit il ne peut y avoir groupe que si l'adulte l'organise.,
A l'âge scolaire la proposition du " groupe-classe
" absorbe et satisfait la quasi totalité de l'attraction
pour le groupe qui caractérise alors la dynamique psychique
de l'enfant, ce groupe organisé par l'adulte privilégie
les comportements affiliatifs traditionnellement nécessaires
aux apprentissages au détriment le plus souvent de la créativité.
Ce mouvement reste cependant indispensable à la socialisation
puisqu'il participe au travail de désexualisation de la
relation d'objet propre à la latence et permet donc un
ajustement à la réalité . En facilitant les
apprentissages, l 'enseignant vient aider à la découverte
du plaisir du fonctionnement du moi ce qui lui donne un rôle
de soutien narcissique. Les contre- investissements narcissiques
sont en effet les moyens les plus importants pour permettre le
refoulement du complexe d'oedipe .
A l'adolescence, le groupe des pairs est investi comme espace
d'étayage narcissique et support des identifications. Pour
l'adolescent, c'est une façon de remettre en question sa
propre filiation identitaire. Ce travail de séparation
se fera dans un mouvement de dés-identification par rapport
aux objets primaires en tant que parties de soi mais les fonctions
et les attributs de l'objet pourront être préservés
et réinvestis dans l'idéal du moi .Cependant, l'investissement
du groupe de pairs signe pour l'adolescent un état de crise
identitaire d'où, dans le meilleur des cas, il va l'aider
à sortir. Le groupe ne peut donc se constituer que dans
une prise de distance vis à vis de l'adulte . Ceci paraît
être pour l'adolescent la seule solution possible pour accéder
à l'autonomie . Ainsi, le groupe va lui permettre de se
dégager de son groupe familial. Pour autant, la reconnaissance
et l'élaboration du décalage entre son idéal
et celui du groupe lui permettra, en prenant l'idéal groupal
comme point d'étayage de ses objets identificatoires, de
se constituer son futur idéal du moi et d'accéder
alors à une autre étape de la socialisation .
Chez l'adolescent, nous voyons donc que le groupe de pairs se
constitue contre l'adulte dans un souci de se dégager d'un
contexte familial à la fois trop chaud et trop infantilisant.
Les adolescents vivent alors entre eux une expérience proche
de l'illusion groupale. Cette expérience d'omnipotence
dans le tout pareil tente d'annuler la différence des sexes
aussi bien que la différence des générations.
C'est ainsi que l'on peut dire que l 'adolescent traverse "
une seconde phase d'individuation séparation " qui
aboutira à un détachement des imagos parentales
et donc à un remaniement structural intrapsychique. Mais,
pour se séparer de ses parents il faut avoir acquis des
bases narcissiques suffisamment solides ainsi que la permanence
de l'objet interne ce qui suppose au cours de la première
enfance un environnement parental de bonne qualité et un
processus de séparation individuation réussi ayant
permis la constitution d'un monde interne.
- L'acceptation du projet de groupe thérapeutique.
Ainsi certains adolescents pour lesquels le premier processus
a été par exemple interrompu ou entravé par
de multiples difficultés ne peuvent faire face à
cette nouvelle étape développementale. Le plus souvent
par l'intermédiaire de leurs parents il y a alors une demande
d'aide pour passer ce cap difficile . Le climat conflictuel, dans
la famille, les échecs de thérapies antérieures,
les prises de drogues peuvent ainsi être à l'origine
des consultations et côtoient des demandes de reprise d'un
travail, du fait de l'inhibition phobique ou psychotique ; ou
plus simplement de la timidité ...en quelque sorte nos
rencontrons à la fois des adolescents en crise avec leur
famille et des adolescent en difficulté face aux groupes
. La non reconnaissance de la souffrance ainsi que l'intervention
souvent autoritaire des parents ne contribuent pas généralement
à réunir les conditions optimum pour proposer une
prise en charge psychothérapeutique individuelle . D'autre
part, dans ce cadre psychothérapeutique individuel , le
transfert renvoie aux carences infantiles jusque là masquées
, et la présence de l'objet fait resurgir la douleur de
l'absence. Nous allons donc proposer un dispositif groupal permettant
de prendre de la distance vis à vis de l'objet tout en
expérimentant un rapproché supportable ce qui procurera
à l'adolescent des supports externes tolérables
pour apaiser les représentations internes et un espace
de pensée pour élaborer cette problématique.
On évitera ainsi le recours systématique à
l'agit et parfois à la violence comme processus de figuration
et donc tentative de représenter la réalité
interne . De plus le groupe va permettre une restauration narcissique
indispensable et préalable à tout travail psychique.
La situation de groupe permet de vivre une expérience avec
d'autres, de se connaître avant de pouvoir aborder , lorsqu'on
se sent en confiance les difficultés personnelles. Il ne
leur est pas proposé ,en effet d'emblée, une psychothérapie,
mais un espace où ils pourront rencontrer d'autre jeunes
faire connaissance, et essayer de comprendre ce qui se passe non
seulement entre eux mais aussi avec l'adulte dans une élaboration
de l'illusion omnipotente de l'annulation des differences. Dans
le groupe thérapeutique l'essentiel du travail portera
sur cette élaboration et son dépassement. Mais encore
faut-il arriver à cette phase du développement groupal.
1- Le début :
La recherche de ce qu'il peut y avoir de commun est la première
tentative d'organisation du groupe, comme le montre l'exemple
suivant. :
Après un silence, Mikaya propose de se présenter,
chacun s'exécute, mais le silence s'installe. X.pose ..
une autre question : dans qu'elle classesont-ils? de la 4eme à
la seconde...
Silence... A partir de là il va essayer de relancer la
parole, quelle musique aiment ils ? il y a les amateurs de rap,
mais chacun préfère un variante différente,
comme la fusion pour Jérémie je demande une explication
: on m'explique gentiment que c'est un mélange de rapp
et de hard rock. Il y a aussi les amateurs de reaggé, de
techno, ou encore de musique classique, en fait, rien de vraiment
commun. On s'interroge alors sur les instruments de musique pratiqués,
pour Jérémie c'est la guitare pour d'autres le piano
là aussi rien de commun, on abandonne la musique pour passer
aux sports lesquels sont pratiqués ? Michel le rugby, Julien
le tennis Jérémie le squatte X le volley, Mikaya,
rien... là aussi ils ne voient que des différences,
vu, et cela continue ainsi chacun faisant part de ses activités
et de ses projets. Chaque secteur exploré s'épuise,
est suivi d'un silence et une nouvelle question surgit.
Le thérapeute ne reste pas silencieux il participe à
la conversation en restant bien sûr le plus neutre possible,
tout en manifestant de l'intérêt pour les thèmes
abordés, bien entendu ! Mais le silence finit par devenir
pesant,
Il rappelle, alors la possibilité de mettre en scène,
en les transposant des situations vécues,....Bien sûr
personne n'a d'idée, il e suggère de transposer
la situation actuelle, par exemple le jour de la rentrée,
on se connaît pas ...Un garçon propose ; " :nous
sommes devant la porte du lycée, " Nous nous levons
en poussant la table de coté, ils demandent au thérapeute
de participer, il joue avec eux le rôle d'un adolescent.
, Quand dans le jeu il demande anxiexe " est-ce que vous
connaissez les profs ? "
Jérémie s'exclame, ceux-là, ils sont faits
pour nous faire chier ! position reprise avec plaisir par tous,
quelqu'un propose une école sans prof...L'idée les
intéresse ils s'amusent avec, parlent de l'autogestion,de
se passer des adultes...Michel dit connaître quelqu'un qui
est dans une école autogérée, c'est la pétaudière,
un vrai marché à 'haschich , l'idée que sans
les adultes se serait la pagaille est ainsi effleurée,
mais cela ne suscite cependant aucune association, il s'ensuit
même un silence embarrassé.. le thérapeute
arrête le jeu, Julien note, avec une moue que ça
n'a pas bien marché, " on a eu du mal, car on ne se
connaît pas " - Ce premier thème , le refus
de l'adulte sera repris plus tard. Mais pour l'instant ça
ne marche pas ! disent-ils. Pourquoi ? est ce le refus du dispositif
proposé : jouer ? est ce que l'idée de se passer
de l'adulte soulève trop de culpabilité ?
Ensuite un nouvel essai pour trouver un thème commun :
se solde par un échec car ils recherchent l'exactement
pareil, être intéressé ne suffit pas il faut
tout partager être semblable, et si non ils insistent aussitôt
sur la différence . De quelle différence s'agit-il
donc là ? Adulte ado bien certainement car c'est en même
temps une façon de montrer à l'adulte qu' ils sont
ensemble réunis dans leur différence .
Ce qui les réunit en fait c'est la demande des parents,
comme le montre la séance suivante d'un autre groupe d'adolescents
qui se compose de cinq garçons et deux filles de 14 à
17 ans et d'un couple de psychothérapeutes et a débuté
il y a un peu plus de trois mois. C'est un groupe fermé
à durée non déterminée à l'avance
qui a été précédé, comme nous
le faisons pour tous nos groupes, par une réunion parents
enfants. Les parents continueront à se rencontrer de leur
côté à leur rythme avec un autre thérapeute
D'emblée, Cédric commence " Je ne souhaite
pas revenir la semaine prochaine , déjà je ne voulais
participer à la réunion aujourd'hui , ma décision
était prise mais on m'a demandé de venir pour vous
le dire ce soir alors voilà je le dis " .Depuis le
début le thème de son non désir de participer
aux séances a déjà souvent été
repris par Cédric qui s'appuyait sur un élément
de réalité peut-être pas suffisamment pris
en compte et discuté au cours de la préparation
du groupe : il habite loin en banlieu et les trajets de retour
le soir lui pèsent beaucoup.
De toute évidence tous sont déjà au courant
de sa décision . Les adolescents ont en effet pris l'habitude
de se réunir avant l'heure de la séance dans le
hall d'entrée de l'immeuble et de franchir ensuite ensemble
la porte du C.M.P.P, seulement quand ils sont tous là,
et ils échangent beaucoup entre eux en attendant. Cette
annonce les laisse donc un moment sans réactions puis Justine
rompt le silence pour dire :
" Je croyais que la règle était de s'arrêter
tous ensemble "
Olivier " il a dit qu'il ne venait plus c'est ça la
règle en tout cas c'est la notre et on est d'accord avec
lui , il est libre ,on ne va pas le forcer à rester, on
ne va pas faire comme les parents ce qui compte c'est de faire
ce qu'on veut , de se sentir libre. "
Guillaume se tournant vers Justine :
" De toute façon rien n'empêche de dire tous
la même chose je suppose que personne ne s'opposera à
ce que le groupe se termine : on ne sait pas trop ce que l'on
fait ici ; moi, en tout cas , si il n'y avait pas mes parents
je ne serais pas là "
Cédric " C'est vrai , pour moi rien n'a changé
d'ailleurs je ne sais pas ce qui devait changer et comme mes parents
ne me forcent pas je ne vois pas l'intérêt de continuer
puisque on ne fait rien ici "
Ces premiers échanges sont assez caractéristiques
des débuts de groupes thérapeutiques d'adolescents
lorsque l'objet groupe n'est pas encore investi comme tel. Le
groupe thérapeutique par suite de la présence des
adultes thérapeutes nous le voyons bien içi est
assimilé aux parents qui ont provoqué la demande
de soins . Il s'origine donc pour les adolescents dans le désir
des parents et des thérapeutes . Il n'est pas encore le
leur et il est une création des adultes, il faut donc s'en
méfier l'attaquer.
En effet, à l'adolescence la dynamique psychique doit surmonter
le sentiment de dépendance inhérent au besoin d'identification.
Se nourrir de l'autre est un besoin qui semble d'autant plus fort
qu'il entraîne simultanément pour préserver
le narcissisme le même besoin de lutter contre la dépendance
ainsi entraînée. C'est cette difficulté qui
amène l'adolescent à adopter volontiers une attitude
de provocation et de défi qui rend difficile toute alliance
thérapeutique.
C'est le groupe des pairs en revanche qui est investi comme espace
d'étayage narcissique et support des identifications. D'ailleurs
nous l'avons vu , avant et après la séance les adolescents
se sont très rapidement retrouvés entre eux pour
échanger.
Le groupe thérapeutique dans un premier temps est lui plutôt
vécu comme une manifestation de la dépendance aux
parents et va être proposé bien sûr à
des adolescents pour lesquels le groupe de pairs ne peut satisfaire
pleinement les objectifs qu'il remplit suffisamment pour d'autres.
La présence des adultes introduit de plus, un vécu
persécutif qu'il va falloir dépasser pour que le
sentiment d'appartenance se constitue et permette un étayage
et des possibilités d'identifications nécessaires
au travail thérapeutique.
Cela pose un problème aux thérapeutes qui doivent
trouver la bonne distance d'intervention. Les difficultés
rencontrées dans ce groupe nous ont amené à
être d'autant plus vigilants à l'égard de
nos positions et nos interventions que l'attitude de refus des
adolescents était difficile à supporter et risquait
de nous entraîner dans des raidissements en retour. Il nous
paraît important en effet que le travail thérapeutique
en groupe quel que soit l'âge, puisse s'appuyer sur le déploiement
et l'élaboration des modes de communications plus spécifiques
entre pairs que l'adulte se doit donc de respecter. Cependant
l'attitude et les modes d'intervention du ou des psychothérapeutes
devront tenir compte des particularités de l'investissement
du groupe dans l'économie psychique des jeunes patients
. En effet, l'objectif du groupe thérapeutique est de médiatiser
le rapport avec l'adulte. Celui-ci a un effet tampon et il permet
l'élaboration de cette relation, car d'emblée est
posée la question de la différence des générations
. De ce fait pour les adolescents la notion de réciprocité
dans le dispositif entre leur positions et celle des adultes nous
apparaît comme particulièrement importante. Contrairement
à ce qui se passe dans la relation pédagogique classique
il n'y a pas de position dominant dominé ou maître
élève chacun compte sur tous les autres et a besoin
de tous les autres . C'est pour cela qu'en début de groupe,
ce qui va être privilégié c' est la mise en
place de cet espace commun, apprendre à se connaître
à fonctionner ensemble et non seulement en présence
de l'adulte mais avec l'adulte, ne pas donner sens trop précocement
aux contenus sous-jacents même s'ils sont groupaux , cela
serait en effet ressenti comme intrusif, mais surtout cela recréerait
la position de celui qui sait par rapport à ceux qui ignorent,
et introduirait une supériorité hiérarchique
dont l'adolescent ne perçoit pas la justification.
Nous n'intervenons donc pas dans cette séance en interprétant
le transfert , en explicitant ce que nous avons cru comprendre
de cette difficulté à entrer dans le fonctionnement
groupal proposé, en référence à notre
présence ! Il est simplement souligné que
-" Cédric nous montre que l'expérience que
nous vivons, ne semble pas être encore totalement positive
pour tout le monde, comment faire ensemble pour que cela change
? "
Justine et Aurélien à tour de rôle montrent
l'aspect positif des séances et ce que cela leur a apporté
mais seule, Justine insiste pour continuer. Aurélien serait
d'accord pour arrêter, sur un constat somme toute positif
, s'il n'y avait pas son père !!!
Les autres adolescents n'interviennent pas sauf par un hochement
de tête affirmatif lorsque Olivier de plus en plus pressant
leur demande personnellement à chacun s'ils sont d'accord
pour mettre un terme à l'expérience du groupe.
La psychothérapeute propose alors de reprendre ensemble
ce qui vient de se dire et se vivre dans ce début de séance
et tente alors de pointer le mouvement défensif qui les
réunit dans l'idée de la rupture pour ne pas affronter
l'idée de la séparation et de l'abandon.
Lorsque les défections dans le groupe surviennent alors
que pour les raisons dont nous venons de parler il n'arrive pas
à se constituer sinon contre les adultes , comment vont-elles
se vivre ? Le groupe ne risque-t-il pas d'apparaître comme
l'affaire des thérapeutes et les adolescents de se réunir
dans la fuite ? C'est le problème que nous nous sommes
posé devant la résolution de Cédric nous
demandant s'il allait vraiment entraîner tous les autres
avec lui. Cependant nous avions le sentiment que quelque chose
était déjà en train de se nouer, que sans
doute la position ambivalente d'Aurélien était partagée
à des degrés divers par d'autres si ce n'est par
tous et que nous devions tenir en leur montrant de cette façon
notre intérêt pour eux et pour l'expérience
en cours. Nous les avons donc quittés en leur précisant
bien que nous les attendions le prochain mardi.
Quelques séances plus tard à la demande de Guillaume
qui voulait " fixer une date pour qu'on s'engage à
venir de toute façon jusque là " il a été
décidé que tous seraient là jusqu'aux vacances
d'été, pour la fin on verrait après.
Ainsi souvent le groupe se soude à partir du départ
de certains qui seront alors les boucs émissaires les thérapeutes
et les adolescents se rejoignant dans un vécu d'abandon
partagé ils deviennent un groupe de " survivants "..
De plus le pacte passé avec les adolescent à propos
de la durée et de l'engagement permet de réunir
adultes et ados dans un même projet qui sera du coup valorisé
, et réapproprié par ces derniers.
-Place donnée aux parents dans ce type de prise en charge..
Le point commun qui va réunir les adolescents, sera, ce
que nous connaissons bien en consultation ou en psychothérapie,
la critique des parents, mais cet apparent rejet est sous-tendu
par une grande ambivalence .Cependant Les critiquer, ne veut surtout
pas dire les détruire . Nous connaissons tous le danger
qu'il y aurait à faire alliance avec l'ado sur le dos des
parents . En groupe le dispositif que nous proposons va permettre
le déploiement de cette agressivité, souvent amplifiée
par la dimension groupale, sans renforcer la culpabilité
due aux contraintes surmoïques . En effet, il est proposé
aux parents un groupe parallèle qui en général
se réunit une fois par mois .
En proposant aux parents un espace où ils auront la possibilité
de se remettre en question, mais aussi de se soutenir....On crée
un contenant narcissique, qui permet à l'ado de reprendre
confiance dans les structures et de s'étayer sur de nouveaux
éléments relationnels qui n'étaient pas présents
dans leur famille. Ce qui va aider à sortir de la répétition
permettre de déplacer ce qui était refoulé
.
De leur coté les parents, confrontés à la
crise du milieu de la vie vont souvent se réunir autour
d'un questionnement , à propos de leur demande d'aide .
Ils vont se retrouver autour de leurs difficultés commune,
retrouver la relation à leur propre parents s'identifier
ainsi à leur adolescent, en renouant avec leur propre adolescence.
-Entre le monde des parents et celui des adolescents quelle sera
la place que devra occuper l'adulte Thérapeute.
La place de l 'adulte est très difficile à trouver
: soit il est rejeté , soit lui aussi participe de l'illusion
en prenant une attitude séductrice de copain En effet ,dans
notre expérience,. si le thérapeute, se met dans
la position de l'analyste qui écoute et qui donne sens,
très vite les adolescents vont défensivement se
figer dans le silence pendant la séance tandis que dans
la salle d'attente ou dans la rue, entre eux, ils communiqueront
avec d'autant plus de plaisir que l'adulte sera exclu. A l'inverse,
quand le thérapeute cherche à se rapprocher en participant
aux échanges, ils ne manqueront pas de lui rappeler la
juste distance comme le montre l'exemple suivant :
Dans un groupe de cinq garçons et deux filles de quatorze
à quinze ans ,depuis plusieurs semaines, il est question
d'ordinateurs et de jeux vidéo tous semblent partager la
même expérience et ils utilisent un vocabulaire de
spécialiste où il est question de transformation
magique, de fusion de personnages avec annulation des différences
de génération ... le discours du groupe évoque
la pleine omnipotence . Le thérapeute réduit à
une fonction de spectateur est à l'évidence confronté
à une autre culture, il se sent étranger mais en
même temps séduit par ce monde qui lui est inconnu
. Il tente alors de faire alliance, en demandant quelques explications
, les adolescents le regardent surpris , comme s'ils avaient oublié
sa présence, et l'un d'eux, très gentiment, lui
explique, que ces jeux sont fait pour les jeunes, un autre rajoute,
que c'est dangereux pour les adultes car s'ils se laissent prendre
il ne peuvent plus s'en sortir, un troisième précisera
qu'il a entendu parler d'une personne qui en était devenue
folle...C'est clair chacun reste à sa place, cependant
l'échange a sans aucun doute un caractère ludique
. A la fin de la séance chacun serre chaleureusement la
main du thérapeute en lui disant " à la semaine
prochaine "
Plus tard l'élaboration des fantasmes défensifs
de toute-puissance deviendra possible en se référent
aux possibilités offerte par les jeux vidéo. et
les images virtuelles . A l'occasion d'une absence le thérapeute
en souriant déplore le dénuement du centre qui ne
possède pas un ordinateur assez puissant pour réaliser
l'image virtuelle de l'absent , pour que le groupe soit complet
. Il s'en suivra un réel travail d'analyse du fonctionnement
des adolescents qui pourra s'inscrire dans la dynamique groupale
.
Au total, ces positions particulières prises en fonction
de l'âge et des spécificités du fonctionnement
psychique des jeunes patients, vont, infléchir son mode
d'intervention de manière significative . Cependant au
delà de ces différences, c'est dans tous les cas
, sa capacité, par l'intermédiaire de ses propres
parties infantiles, à se mettre au diapason, des états
émotionnels vécus dans le groupe qui sera toujours
sollicitée et lui permettra de trouver la bonne distance
mais tout en préservant néanmoins, la différence
générationelle ,. C'est à cette condition
que le processus groupal pourra se déployer et prendre
sens, dans les groupes thérapeutiques d'enfants et d'adolescents,
BIBLIOGRAPHIE
Privat P.,Quelin-Soligoux D.(2000) L'enfant en psychothérapie
de groupe , Edition DUNOD,Paris.
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