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Le débat qui s'est mis en place au 66e Congrès des Psychanalystes de Langue Française s'est organisé autour de la question de la troisième topique. Toutefois, le débat a porté sur l'opportunité d'introduire un autre modèle d'intelligibilité de l'organisation et du fonctionnement psychique, dans les limites et selon le point de vue de l'espace psychique interne, dans ses rapports avec le monde externe, souvent désigné comme le champ de l'intersubjectivité. , Le titre du Congrès a donné l'orientation et le cadre conceptuel de ce débat : « Relations d'objet et modèle de la pulsion », et il semble que le concept de l'intersubjectivité a fait souvent problème et quelquefois confusion, notamment lorsqu'il s'est superposé à une problématique de la relation d'objet.
Mon point de vue sur l'opportunité et la consistance d'une troisième topique est différent : la différence se fait sur la distinction entre une troisième topique centrée sur les relations d'objet, et une topique fondée sur la réalité psychique des configurations de liens intersubjectifs et qui associe à celle-ci la position du sujet dans l'intersubjectivité.
1. Le débat contemporain sur la troisième topique concerne l'espace intrapsychique
Avant d'entrer dans le vif du débat, je voudrais faire deux remarques : la première est d'ordre linguistique et sa portée épistémologique n'est pas des moindres.
Nous parlons hyperboliquement de la topique. Celle-ci, dans la tradition freudienne est seulement un point de vue dans la conception métapsychologique de l'appareil psychique, et ce point de vue coexiste et s'articule avec d'autres points de vue : dynamique, économique et, plus tardivement, génétique. La « topique » est donc une métonymie de l'ensemble de la métapsychologie, et le choix qui est fait de ce point de vue pour représenter et assumer toute la métapsychologie indique que la question dont elle traite est celle, centrale, des lieux de la réalité psychique, de ses instances, de ses formations essentielles. Celles qui qualifient l'Inconscient comme instance et comme qualité sont parmi celles-ci.
Le débat sur la troisième topique, comme celui qui a accompagné la seconde l'avait été, est le signe d'un changement dans la conception de la métapsychologique de l'appareil psychique. Plus profondément, ce changement engage une mise en perspective critique de l'épistémologie de la psychanalyse. J'entends épistémologie dans un sens très simple : comment connaissons-nous ce que nous connaissons et que nous élaborons en une théorie, c'est-à-dire en un ensemble de propositions destinées à rendre intelligible et communicable l'objet dont nous nous occupons ? Cette définition a le mérite d'inclure les modalités pratiques et méthodologiques à partir desquelles notre connaissance et notre savoir se constituent.
S'il est évident que l'épistémologie de la psychanalyse se donne comme champ d'objet théorique l'Inconscient, ses processus et ses formations tout comme ses effets de subjectivité, il faut aussi noter que ce champ est strictement défini et délimité par la méthode dont elle se dote pour connaître cet objet et pour en traiter les effets « normaux » ou « pathologiques ». D'une manière générale, ces effets sont inhérents aux rapports conflictuels que l'Inconscient entretient avec ses propres composantes et les sous-ensembles qui en dérivent, mais aussi avec la réalité externe.
Le point sur lequel je veux mettre l'accent est que la théorie de l'appareil psychique - et la métapsychologie qui en est l'émanation - est une élaboration étroitement dépendante de la méthode princeps et paradigmatique de la psychanalyse, celle de la cure dite individuelle.
Déterminations cliniques et épistémologiques des révisions métapsychologiques
Ce qui détermine la première topique est la nécessité de constituer un corpus raisonné de savoirs sur l'Inconscient, dont la découverte et la connaissance sont rendues possibles par le moyen de la cure. La première topique rend compte de la place et du lieu prééminents que l'Inconscient occupe comme instance dans « l'appareil psychique ». Cette fiction d'un appareil psychique a été construite par Freud pour rendre compte du travail de liaison et de transformation qui s'opère dans cet « appareil » pour établir sa constance, assurer sa défense, gérer son énergie et ses investissements, satisfaire les désirs qui y naissent, régler des relations avec la réalité externe.
La seconde topique est rendue nécessaire par un changement dans la conception économique de l'appareil psychique. Les déterminations de ce changement sont nombreuses et bien connues, les unes appartenant à la vie de Freud, les autres davantage attachées aux changements survenus dans la clinique psychanalytique sous l'effet de la réalité externe (pour l'essentiel : la guerre, les traumatismes d'origine extrapsychique). L'introduction du concept de la pulsion de mort modifie la conception économique de l'appareil psychique, mais il en résulte aussi un changement dans la conception de la « topique » et de toutes les instances de l'appareil psychique.
Ce changement théorique n'implique pas un changement dans la méthode de base de la psychanalyse. Mais nous devons noter que dans le même moment Freud se laissera convaincre qu'une extension du champ de la pratique psychanalytique est possible, sinon souhaitable (1918), et que la cure n'est qu'une des « applications » de la psychanalyse (1926). En outre, la période dans laquelle apparaît la nécessité de la seconde topique est aussi celle qui conduit Freud, sans doute dans les mêmes circonstances qui le conduisent à envisager sa mutation « économique », à penser les rapports de la « psychologie collective » et de « l'analyse du Moi » (1920-1921).
Je noterai ici deux choses : 1°) Freud ouvre la voie, en reprenant et réélaborant le thème de Totem et tabou, à ce qu'il appelle sa « psychologie sociale », notion à entendre ici dans un sens bien évidemment différent de celui que les courants de la psychologie sociale contemporaine lui ont donné. La psychologie sociale freudienne est une conception psychanalytique de l'appareil psychique depuis le point de vue des fonctions qu'y accomplissent l'autre (der Andere, cf. l'introduction de Psychologie des Masses et Analyse du Moi) et les ensembles organisés ou spontanés, comme les groupes, les foules et les institutions. Le concept majeur qui décrit les processus et les effets de cette psychologie sociale est celui d'identification. Dans ce texte, Freud nous lègue aussi, comme un programme à explorer, l'idée d'une psyché de groupe (Gruppenpsyche), d'une âme des masses (Massenseele), c'est-à-dire la notion révolutionnaire que le champ des objets théoriques de la psychanalyse s'étend, puisqu'il y a « Seele » et « Psyche » au-delà de l'appareil psychique individuel.
2°) De la seconde « topique », il a été retenu essentiellement le « tournant » constitué par l'introduction de la pulsion de mort. C'est sans aucun doute une mutation majeure. Mais les autres dimensions qui y sont associées, celles de ce que nous nommerions aujourd'hui l'intersubjectivité et l'extension de la pratique analytique vers d'autres dispositifs capables de mettre à l'épreuve la « psychologie sociale » de 1920, n'ont pas été prises en compte. Or des hypothèses essentielles apparaissent déjà en 1912-1913 avec Totem et Tabou , lorsque Freud met en travail, dans le collectif, les rapports entre le processus de naissance de la société et le dépassement de la répétition du meurtre par l'invention symbolique du contrat entre les Frères et avec le Père, contrat qui constitue un terme fondamental du processus de subjectivation.
Tel qu'il se formule aujourd'hui et sous cet éclairage, le débat sur la troisième topique m'apparaît comme une reprise d'une partie de ce qui avait accompagné la « seconde » topique. Avec cette restriction cependant : l'autre y est ramené (ou maintenu) dans le statut d'un objet interne ou, au mieux dans la réponse qu'il donne ou ne donne pas à la demande, au besoin ou au désir du sujet. Tel est aussi le fondement de la définition restrictive de l'intersubjectivité. Elle est restrictive car elle est pensée du point de vue des relations du sujet avec un autre et plus d'un autre, et non comme espace commun et partagé ; mais elle n'est évidemment pas sans intérêt du point de vue de l'intelligibilité de la fonction de l'autre (l'objet de la relation d'objet) dans la structuration et le fonctionnement de l'appareil psychique du sujet. La seconde topique avait été rendue nécessaire sous l'effet de la clinique confrontée à la massivité du traumatisme actuel, et de là à la perception d'une économie de la répétition à l'œuvre dans des pathologies structurelles. La troisième topique construite à partir de la pratique de la cure est elle aussi appelée par des changements perceptibles dans la clinique des états limites, des défaillances des processus de symbolisation et des déficits structuraux du narcissisme. Mais, je le répète, elle s'inscrit dans le cadre de la cure individuelle, des processus que sa mise en œuvre déclenche, dans la prise en considération, in fine, des transformations qui se produisent dans l'espace subjectif du sujet considéré dans sa singularité.
Toutefois, à y regarder de plus près, nous devons noter que des savoirs qui viennent d'autres horizons que celui de la cure-type produisent des effets de travail à l'intérieur de cette « troisième » topique. Je pense aussi bien aux psychothérapies dites d'inspiration psychanalytique qui traitent les ensembles mère-père-bébé, les familles, les couples, qu'à celles qui se sont développées, en marge de la théorie –et quelquefois des institutions psychanalytiques, pour ouvrir celle-ci au-delà de ses frontières d'origine, et traiter des sujets par le moyen des dispositifs psychanalytiques de groupe, en réponse à des formes de souffrance « inaccessibles autrement ». Mais évidemment les formations et les processus de la réalité psychique de ces ensembles ne sont pas – et ne peuvent pas être pris en considération, sauf à changer de dispositif sans rien céder sur les principes de la méthode psychanalytique. .
2. Pour une troisième « topique » des configurations de liens intersubjectifs et du sujet du lien
Je viens de dire qu'un changement dans le champ de la pratique clinique et des objets théoriques de la psychanalyse impose un remaniement métapsychologique. Lorsque des psychanalystes ont commencé à développer une pratique psychanalytique dans les dispositifs plurisubjectifs, comme les groupes, les familles et les couples, ils ont déclenché – sans toujours l'assumer – la nécessité de penser avec la psychanalyse des processus et les formations de l'Inconscient qui s'y manifestaient, dans l'ensemble et chez les sujets qui y participaient. De ce point de vue, les concepts bioniens de présupposés de base et de culture de groupe impliquent une nouvelle topique de l'Inconscient, tout comme la notion freudienne de psyché de groupe, si elle avait été mise à l'épreuve d'un dispositif méthodologique ad'hoc, en aurait rendu nécessaire la pensée.
Travaillant comme psychanalyste de « divan » et de groupe, je me suis intéressé depuis de nombreuses années à la conception d'une troisième topique. Il me paraissait inéluctable de construire un modèle d'intelligibilité, à l'intérieur de la psychanalyse, qui puisse rendre compte de l'articulation entre trois espaces psychiques : l'espace intrapsychique du sujet, l'espace des liens qui s'établissent entre deux ou plusieurs sujets et l'espace propre au groupe.
Si, depuis plus de quarante ans, j'appelle aussi troisième cette « topique » à construire [1], je dois constater qu'e ntre la troisième topique fondée sur la cure et la troisième topique qui inclut cette extension du champ de la psychanalyse vers la réalité psychique commune et partagée – celle de la psyché de groupe -, il n'y a pas une simple continuité. De la même manière et pour des raisons convergentes, ma conception de l'intersubjectivité et de ses effets sur le sujet singulier comporte des propositions différentes de celles qui prévalent habituellement dans le débat psychanalytique.
Première implication : le modèle de l'appareil psychique groupal
La nécessité de construire une troisième topique m'est apparue dès le moment où j'ai commencé, à la fin des années soixante à concevoir la réalité psychique propre au groupe à partir d'un modèle structural et fonctionnel que j'ai appelé appareil psychique groupal.
En choisissant ce terme, je voulais signifier que tout ensemble plurisubjectif peut se concevoir comme un appareil psychique, au sens où Freud utilise ce terme. Cet appareil effectue un travail de liaison et d'accordage plus ou moins conflictuel entre certains processus et certaines formations psychiques de ses membres ; ces formations sont transformées par leur liaison même et elles se rendent relativement autonomes par rapport à leur source. Par la suite, elles composent une réalité psychique inconsciente qui forme l'essentiel de l'espace psychique commun et partagé par les membres de cet ensemble. Travaillant sur les groupes, j'ai nommé le dispositif psychique qui accomplit cet appareillage un appareil psychique groupal. La généralisation de ce modèle à d'autres configurations de liens (couples, familles, institutions) autorise la notion d'un appareil psychique du lien.
Le corollaire de cette proposition est que chaque configuration de lien est une structure d'appel d'emplacements psychiques nécessaires à son fonctionnement et à son maintien. Dans ces emplacements viennent se représenter des objets, des imagos, des instances et des signifiants dont les fonctions et le sens sont imposés par l'organisation du lien et que certains sujets incarnent. Dans les groupes, par exemple, nous y repérons les fonctions de l'Idéal commun, les figures de l'Ancêtre, de l'Enfant Roi, du Mort, du Héros, du groupe originaire, du chef, des médiateurs, de la victime émissaire, du porte-parole, du porte-symptôme, du porte-rêve, etc.
En créant ces emplacements, chaque configuration de lien impose à ses sujets un certain nombre de contraintes psychiques : elles concernent les renoncements, les abandons ou les effacements d'une partie de la réalité psychique qui les singularise et les différencie : renoncement à la réalisation directe des buts pulsionnels, abandon de certains idéaux personnels au profit de l'idéal commun et partagé, effacement des limites du Moi ou de la singularité des pensées. Le lien impose, à leur lieu et place, une série de contraintes et il prescrit des voies d'accomplissement : des contraintes de réalisation pulsionnelle, des contraintes de croyance, de représentation, de normes perceptives, d'adhésion aux idéaux et aux sentiments communs. Il infléchit la fonction refoulante, exige une coopération au service de l'ensemble, il prescrit les lois qui régissent les contrats, les pactes et les alliances inconscientes, préconscientes et conscientes. En échange, le lien, en tant qu'entité qui inclut ses sujets, assume un certain nombre de services au bénéfice de ses sujets, services auxquels ils collaborent, par exemple par l'édification de mécanismes de défense collectifs ou par la participation aux fonctions de l'Idéal.
Ce n'est pas ici le lieu de décrire les diverses modalités de liaison ou d'accordage entre les psychés, de spécifier les organisateurs psychiques inconscients de l'appareillage et la fonction des groupes internes. Je veux seulement souligner que ce modèle implique une conception métapsychologique à double niveau : celui de la réalité psychique du groupe et celui de la réalité psychique du sujet en tant qu'elle est articulée en aval comme en amont avec celle des autres dans le groupe. C'est précisément cela qui appelle une troisième topique, groupes internes
Seconde implication : le concept d'alliances inconscientes
La caractéristique principale des alliances auxquelles je me suis intéressé est leur qualité inconsciente. Le champ de ma recherche ne concerne pas seulement la qualité inconsciente des alliances. D'une manière plus générale, j'essaie de comprendre le rapport qu'elles entretiennent avec l'Inconscient considéré cette fois comme système ou instance topique de l'appareil psychique, et le rôle qu'elles jouent dans le processus de formation de l'Inconscient, comme dans les manifestations de ses effets.
Le but des alliances inconscientes est soit d'assurer les investissements vitaux pour le maintien du lien et l'existence de ses membres, elles exigent alors une réciprocité et une communauté des investissements narcissiques et objectaux, soit de constituer une réciprocité et une communauté des mécanismes de défense pour traiter diverses modalités du négatif dans la vie psychique individuelle et collective. Ces buts peuvent être communs ou sensiblement différents pour chaque partenaire des alliances. Celles-ci impliquent une résonance des fantasmes et des identifications et elles exigent aussi une mutualité des investissements dans le lien qui lient les sujets de l'alliance dans l'alliance. Pour se constituer et se maintenir, les alliances inconscientes exigent et produisent un certain travail psychique chez ses sujets. Pour son accomplissement, l'alliance exige de ses partenaires un engagement et un appui mutuels, qui les oblige et dans certains cas les contraint.
Dans les groupes et les familles, dans les couples et les institutions, les alliances inconscientes sont conclues par un scellement des inconscients des sujets accordés à les produire. C'est sur de telles alliances qu'est façonnée la réalité psychique dans les liens et, pour une part, la réalité psychique inconsciente des sujets du lien [2]
Troisième implication : la problématique de l'intersubjectivité
L'approche psychanalytique du groupe et du sujet dans le groupe, apporte une contribution substantielle à la problématique de l'intersubjectivité. Aujourd'hui, la question de l'intersubjectivité intéresse de nombreux psychanalystes contemporains, mais elle les oppose selon leurs traditions culturelles et leurs références théoriques. D'une manière assez répandue, l'intersubjectivité n'est pas considérée comme un espace spécifique, mais comme une dimension de l'organisation intrapsychique. C'est le cas dans les débats sur la troisième topique. De mon point de vue une autre conception psychanalytique de l'intersubjectivité implique une autre troisième topique.
Je rappelle que le concept de l'intersubjectivité a d'abord été construit avec les problématiques philosophiques et psychologiques de la conscience et du sujet dans ses rapports avec la reconnaissance d'autrui. Les sources d'inspiration de ces problématiques sont diverses, elles sont issues de la phénoménologie, de la linguistique de l'énonciation, de la psychologie de l'interaction, de l'ethnologie. Ces approches modernes ont des antécédents bien connus dans la philosophie dialectique de Hegel et la phénoménologie de Husserl, puis dans les philosophies de la reconnaissance et de la réciprocité avec notamment Buber et Levinas. L'intuition d'une différence interne, d'un écart de soi à soi au cœur du sujet est une acquisition tardive, et dans l'espèce et pour chaque sujet. Il reste que cette conception de l'altérité qui passe par les vicissitudes de l'altérité interne définit l'intersubjectivité d'une manière beaucoup moins opératoire que celle de l'interactionnisme nord américain, qui renvoie pour l'essentiel à des boucles de comportements ou, avec Stolorow et Atwood, au contextualisme.
Dans le champ de la psychanalyse post-freudienne, plusieurs théories de l'intersubjectivité coexistent. Dans la suite du post-hégélianisme, Lacan a été l'un des premiers à en introduire la notion en privilégiant ses effets d'aliénation sur un sujet essentiellement assujetti au désir de l'autre, celui-ci n'étant qu'un représentant inadéquat du grand Autre. Lacan ne décrit la réalité psychique qui se produit dans et par le lien intersubjectif que pour en retenir la consistance imaginaire. Sa critique du groupe en est la conséquence.
J'utilise cette notion dans son sens et son contexte européens. J'entends par intersubjectivité non pas un régime d'interactions comportementales entre des individus qui communiquent leurs sentiments par empathie, mais l'expérience et l'espace de la réalité psychique qui se spécifie par leurs rapports de sujets, en tant qu'ils sont sujets de l'inconscient. J'inscris donc cette problématique dans la psychanalyse, mais en ne suivant pas Lacan, centré sur le sujet et non sur l'ensemble spécifique que forment des conjonctions de subjectivité. L'intersubjectivité ne se superpose pas à la place ou la fonction de l'autre dans (ou pour) la psyché d'un sujet. L'intersubjectivité est ce que partagent les sujets liés entre eux par leurs assujettissements réciproques — structurants ou aliénants — aux mécanismes constitutifs de l'inconscient : les refoulements et les dénis en commun, les fantasmes et les signifiants partagés, les désirs inconscients et les interdits fondamentaux qui les organisent.
Pour prendre en considération l'ensemble des processus et des formations de l'intersubjectivité, il faut avoir recours à une autre logique des processus psychiques. À une logique des processus et des formations internes, il est nécessaire d'articuler une logique des corrélations de subjectivités , une logique de la conjonction et de la disjonction, dont la formule pourrait être énoncée de la manière suivante : « Pas l'un sans l'autre et sans l'ensemble qui les constitue et les contient ; l'un sans l'autre, mais dans l'ensemble qui les réunit ». Cette formule soutient que nous ne pouvons pas ne pas être dans l'intersubjectivité. Cela signifie que le sujet se manifeste et n'existe que dans sa relation à l'autre, et j'ajoute : à plus d'un autre. Cela signifie aussi que la voie du « devenir Je », du Ich werden freudien, tout comme les butées et les impasses de ce devenir, est tracée dans la relation intersubjective avec l'autre : ceci est vrai pour l'enfant, pour le devenir homme et le devenir femme, pour le devenir père et le devenir mère.
L'intersubjectivité n'est pas seulement la partie constitutive du sujet tenue dans la subjectivité de l'autre ou de plus d'un autre. Elle se construit dans un espace psychique propre à chaque configuration de liens. Cela revient à dire que la question de l'intersubjectivité consiste dans la reconnaissance et l'articulation de plusieurs espaces psychiques partiellement hétérogènes et dotés chacun de logiques propres.
Entendue dans ce registre, la problématique de l'intersubjectivité nous ouvre l'accès à des souffrances psychiques et à des formes de la psychopathologie contemporaine qui ne peuvent être comprises, analysées et soulagées que d'être articulées avec les valeurs et les fonctions qu'elles ont prises ou qu'elles continuent de prendre pour un autre, pour plusieurs autres et finalement pour le groupe dont le sujet est partie constituée et partie constituante.
Ma position implique d'autres propositions. Telle que je l'entends, la problématique de l'intersubjectivité ouvre une question centrale de la psychanalyse : elle concerne les conditions intersubjectives de la formation de l'inconscient et du sujet de l'inconscient. Dans ces conditions, j'appelle intersubjectivité la structure dynamique de l'espace psychique entre deux ou plusieurs sujets. Cet espace comprend des processus, des formations et des expériences spécifiques, dont les effets infléchissent l'avènement des sujets de l'inconscient et leur devenir Je au sein d'un Nous. Selon cette définition, nous sommes très éloignés d'une perspective qui réduirait l'intersubjectivité à des phénomènes d'interaction.
Notre statut dans l'intersubjectivité nous impose un certain travail psychique. La notion d'exigence de travail psychique est indiquée par Freud lorsque, envisageant la question de la pulsion sous l'angle de la vie psychique, il écrit : « “La pulsion” nous apparaît comme un concept limite entre le psychique et le somatique, comme un représentant psychique des excitations émanées de l'intérieur du corps et parvenu dans l'âme, comme la mesure de l'exigence de travail imposée au psychique par suite de sa corrélation avec le corporel » . J'ai souvent cité ce texte pour argumenter qu'un certain travail psychique est exigé par la rencontre avec l'autre, pour que les psychés ou des parties de celles-ci s'associent et s'assemblent, pour qu'elles s'éprouvent dans leurs différences et se mettent en tension, pour qu'elles se régulent.
Je distingue quatre principales exigences de travail psychique imposées par le lien intersubjectif ou les conjonctions de subjectivité. La première est l'obligation pour le sujet d'investir le lien et les autres de sa libido narcissique et objectale afin de recevoir en retour de ceux-ci les investissements nécessaires pour être reconnu comme sujet membre du lien. Cette exigence de travail se forme sur le modèle du contrat narcissique décrit par P. Castoriadis-Aulagnier (1975) [3].
La deuxième exigence est la mise en latence ou le renoncement ou l'abandon de certaines formations psychiques propres au sujet. Freud avait indiqué en 1921 que le Moi doit abandonner une partie de ses identifications et de ses idéaux personnels au profit d'idéaux communs et en échange des bénéfices attendus du groupe et/ou du chef. Tout lien impose des contraintes de croyance, de représentation, de normes perceptives, d'adhésion aux idéaux et aux sentiments communs. Être dans l'intersubjectivité implique que certaines fonctions psychiques soient inhibées ou réduites et que d'autres soient électivement mobilisées et amplifiées. Nous devons admettre que des processus d'auto-aliénation sont mis au service de ces exigences groupales.
La troisième exigence relève de la nécessité de mettre en œuvre des opérations de refoulement, de déni ou de rejet pour que les conjonctions de subjectivité se forment et que les liens se maintiennent. Ces opérations ne concernent pas seulement les appuis méta-défensifs que les membres d'un groupe peuvent trouver dans celui-ci, comme E. Jaques l'a jadis montré. Elles concernent toute configuration de liens qui assure et entretient les dispositifs méta-défensifs nécessaires à son autoconservation et à la réalisation de ses buts. Elles sont donc à la fois requises par le lien et par les intérêts personnels que les sujets trouvent à les contracter. Tels sont le statut et la fonction des alliances inconscientes défensives. Comme nous le verrons, ces alliances sont les processus producteurs de l'inconscient actuel dans le lien, elles forment ses nœuds névrotiques et psychotiques, et pour cet ensemble de raisons, elles sont les pièces majeures de la formation de la réalité psychique propre à une configuration de lien.
La quatrième exigence s'articule avec les interdits fondamentaux dans leurs rapports avec le travail de civilisation ( Kulturarbeit ) et les processus de symbolisation. Freud a insisté sur la nécessité du renoncement mutuel à la réalisation directe des buts pulsionnels pour que s'établisse une « communauté de droit » garante des liens stables et fiables. Le résultat de cette exigence est les alliances inconscientes structurantes, dans la catégorie desquelles nous comptons le contrat narcissique, le pacte entre les Frères et avec le Père et le contrat de renoncement mutuel. Le résultat de cette exigence de travail est la formation du sens, l'activité de symbolisation et d'interprétation, mais aussi la capacité d'aimer, de jouer, de penser et de travailler.
Ces quatre exigences concourent à la création d'un espace psychique commun et partagé. Considérées du point de vue du sujet auquel elles sont imposées, ces exigences sont structurantes et conflictuelles. La conflictualité centrale se situe entre la nécessité d'être à soi-même sa propre fin et celle d'être un sujet dans le groupe et pour le groupe. En accomplissant ce travail psychique, les membres d'un groupe s'attribuent ou reçoivent en échange des bénéfices et des charges. Une balance économique s'établit, en positif ou en négatif, sur ce qu'ils gagnent et sur ce qu'ils perdent à satisfaire ces exigences.
D'une certaine manière, nous n'avons pas le choix de nous soustraire à ces exigences : nous devons nous y soumettre pour entrer dans un lien et pour exister comme sujet. Mais nous avons aussi à nous en dégager, à nous en délier chaque fois que ces exigences et que les alliances qui les scellent servent notre auto-aliénation et l'aliénation que nous imposons aux autres, le plus souvent à l'insu de chacun. Je pense que c'est dans cette perspective que nous pourrions définir le champ pratique du travail psychanalytique en situation de groupe.
3. Éléments pour une troisième topique articulant espace intersubjectif et espace du sujet
J'ai essayé de montrer que trois propositions impliquent une troisième topique, c'est-à-dire une métapsychologie de l'inconscient articulant espace intersubjectif et espace du sujet : le modèle de l'appareil psychique groupal, le concept d'alliances inconscientes et la problématique de l'intersubjectivité. J'ai défini celle-ci comme conjonction de subjectivités productrice d'inconscient. Je résumerai ici certaines formulations que j'ai proposées dans Un singulier pluriel.
La double appartenance métapsychologique des modèles et des concepts proposés
Les trois modèles ou concepts que je viens de nommer ont une double appartenance métapsychologique. Ce sont des configurations psychiques bifaces, doublement organisées. Elles n'appartiennent en propre ni au sujet singulier, bien qu'il soit partie prenante et partie constituante de l'ensemble, ni à l'ensemble qui n'existerait pas sans ses sujets. Nous pouvons les décrire du point de vue où elles produisent et lient la matière inconsciente des liens intersubjectifs, et nous pouvons les comprendre selon les termes d'une topique, d'une économie et d'une dynamique intersubjectives . Nous pouvons aussi les décrire du point de vue de l'organisation intrapsychique de chaque sujet singulier : les alliances inconscientes sont contractées et maintenues inconscientes pour la réalisation des désirs inconscients de chaque sujet ; elles sont un des modes de production de l'inconscient refoulé et de l'inconscient non refoulé exigé de chacun d'entre eux pour être dans le lien.
Ces deux points sont dans des rapports dialogiques : la clinique nous montre que toute modification dans les alliances, les contrats ou les pactes qui fondent la réalité psychique commune et partagée du lien met en cause la structure psychique inconsciente de chaque sujet. Réciproquement, toute modification de la structure, de l'économie ou de la dynamique du sujet (lors d'une cure par exemple, ou à l'adolescence, ou à l'occasion d'un divorce) se heurte aux forces qui soutiennent les alliances conclues dans le lien dont le sujet est partie constituante et partie constituée.
Topiques de l'inconscient
Une troisième topique est à construire pour prendre en considération le caractère à la fois hétérogène, ectopique et hétérotopique de l'inconscient. D'autres lieux psychiques en sont les dépositaires et les agents de production et de transformation. Les espaces psychiques du lien sont ces autres lieux de l'inconscient, dont nous avons commencé à connaître les processus et les formations, l'économie et la dynamique.
Les alliances inconscientes, les fonctions phoriques, les rêves communs et partagés ont une double topique : les alliances se situent aux points de nouage des rapports refoulés qu'entretiennent les sujets singuliers et les ensembles, à cette conjonction de l'intersubjectivité. Cette topique plurielle nous incite à penser que l'inconscient n'est pas tout entier contenu dans les limites de l'espace psychique individuel. Il n'est pas tout entier localisable dans la première ni dans la seconde topique de la métapsychologie freudienne. L'espace psychique du lien et celui des ensembles sont des autres lieux de l'inconscient. Les concepts d'ectopisme et de polytopisme pourraient rendre compte de cette métapsychologie des lieux pluriels de la psyché. Nous avons affaire à la conjonction de plusieurs topiques. Chaque topique individuelle est appareillée à des topiques que l'on peut dire extratopiques si l'on se place du point de vue des sujets considérés un à un : l'Inconscient de l'un s'ouvre au Préconscient par le frayage opéré par le Conscient d'un autre. Nous avons donc aussi affaire à une hétérotopie .
Une nouvelle dynamique de l'inconscient est à construire. Le travail psychanalytique en situation de groupe a modifié notre conception du conflit psychique inconscient. À côté du conflit intrapsychique d'origine psychosexuel infantile, il existe un conflit inconscient entre le sujet et la part de sa psyché détenue par un autre (ou plus d'un autre), ou déposé en lui (en eux). Freud en a indiqué un des enjeux dans Pour introduire le narcissisme : le sujet est divisé entre les exigences que lui impose la nécessité d'être à lui-même sa propre fin, et celles qui dérivent de son statut et de sa fonction de membre d'une chaîne intersubjective, dont il est conjointement le serviteur, le maillon de transmission, l'héritier et l'acteur.
J'ai décrit comment opèrent les grandes opérations de défense constitutives de l'inconscient dans les alliances défensives : les défenses par refoulement et par déni, rejet, exportation, désaveu, mise en dépôt ou effacement. Ou bien les mêmes opérations sont effectuées par tous les sujets d'un lien, ou bien les uns refoulent alors que les autres dénient. L'analyse des alliances inconscientes défensives nous a appris qu'elles sont des métadéfenses au service de la fonction refoulante ou déniante, et qu'en ce sens elles sont des mesures de redoublement du refoulement ou du déni, puisqu'elles portent non seulement sur des contenus inconscients, mais sur 1'alliance elle-même : celle-ci demeure inconsciente quant à l'inconscient qu'elle produit et qu'elle maintient. La clinique montre que lorsque le retour du refoulé s'effectue chez certains sujets, il transforme l'équilibre de l'alliance en révélant ses noyaux non refoulés-déniés.
Les alliances inconscientes sont le résultat des compromis conclus et maintenus entre plusieurs sujets. Elles sont ordonnées à la production et au maintien des symptômes, sous l'effet des intérêts de chacun : l'alliance en est le serviteur. Les alliances inconscientes ne font pas que soutenir la fonction de méconnaissance qui s'attache au symptôme, la production de symptômes partagés accomplit en outre cette finalité d'assujettir chaque sujet à son symptôme en rapport avec la fonction qu'il accomplit pour un autre, ou pour plus d'un autre, dans et pour le lien. Le symptôme en reçoit ainsi un renforcement démultiplié, ce qui accroît la difficulté de les délier.
Éléments d'une nouvelle économie croisée
Le point de vue économique prend sa pertinence dans la notion de travail psychique. L'analyse de l'appareillage des psychés nous a enseigné comment le lien mobilise l'énergie pulsionnelle chez chacun des membres et s'organise en vue de la maîtrise et de la transformation des excitations dont l'accumulation risque d'être pathogène. L'appareil du lien est une organisation métapsychique de gestion et de transformation des psychés individuelles, mais il est aussi une structure qui les forme et les informe.
Un aspect important de l'économie psychique croisée est le transfert de l'économie individuelle dans l'économie du lien, et réciproquement. Des déplacements d'énergie se produisent d'un pôle de l'appareil groupal vers un autre pôle, mais aussi la répartition des charges d'investissement s'effectue sur plusieurs objets du groupe, plus ou moins corrélés entre eux. Les recherches sur le processus de diffraction ont mis en évidence comment s'effectuent le transfert et la transmission des charges énergétiques sur l'ensemble des composantes du lien. Cette notion nous est utile pour comprendre la clinique des transferts et des contre-transferts latéraux dans les processus de la cure dite individuelle.
Conclusion
La troisième « topique » dont je viens d'esquisser les enjeux et les propositions de base est nécessaire si l'on admet l'hypothèse d'une psyché partagée dans l'intersubjectivité : nous devons construire des modèles d'intelligibilité de cette réalité, de sa consistance, de ses structures et de ses lois de transformation.
Cette troisième topique inclut une nouvelle conception du sujet, une nouvelle métapsychologie de son appareil psychique. Il existe pour une part de chaque sujet de l'inconscient un lieu ectopique, un topos inaccessible par les moyens de la méthode princeps de la psychanalyse - la pratique de la cure individuelle -, et donc impensable avec les catégories de la métapsychologie issue de celle-ci.
La connaissance de l'inconscient n'est pas achevée par l'expérience rendue possible par la cure psychanalytique. Il est nécessaire que la métapsychologie construite soit révisée lorsque se trouve modifiée la pratique de la psychanalyse et que notre connaissance de l'appareil psychique se transforme.
Références bibliographiques
Castoriadis-Aulagnier P.
1975 - La violence de l'interprétation. Du pictogramme à l'énoncé, Paris, P.U.F.
Freud
1912-1913, Totem und Tabu, G.-W., IX. Trad. fr. Totem et Tabou, Paris, Payot (1970).
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1921 - Massenpsychologie und Ich-Analyse, G.-W., XIII, 71-161. Trad. fr. « Psychologie des foules et analyse du Moi » in : Essais de psychanalyse, Paris, Payot (1982).
1926 - Die Frage der Laienanalyse , G.-W., XIV, 209-286, trad. fr. : La question de l'analyse profane, Paris, Gallimard, (1987, nouvelle traduction).
Kaës R.
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1993 - Le groupe et le sujet du groupe . Éléments pour une théorie psychanalytique, Paris, Dunod. Trad. ital., Lo gruppo e il soggetto del gruppo . Roma, Borla (1994).
1999a - « Quelques reformulations métapsychologiques à partir de la pratique psychanalytique en situation de groupe », Revue française de Psychanalyse, 3, 751-773.
1999b - « L'intersoggettività : un fondamento della vita psichica. Punti di riferimento nel pensiero di Piera Aulagnier », Quaderni di psicoterapia infantile, 39, 128-163
2006 – « La matrice groupale de la subjectivation. Les alliances inconscientes, in Richard F., Wainrib S. et al. La subjectivation, Paris, Dunod.
2007 – Uno singolare Plurale. Quali aspetti dell'approccio psicoanalitico? dei gruppi riguardano gli psicoanalisti? Borla, Roma, (2007)
Résumé
La question d'une troisième topique fut un thème majeur du dernier Congrès des psychanalystes de langue française. Le débat qui la fonde a porté essentiellement sur les relations entre la configuration du monde interne d'un sujet et les relations qu'il a entretenu avec ses premiers autres, les parents, la famille. Il faut souligner que ce point de vue théorique est centré sur la pratique de la cure individuelle. À partir du moment où le dispositif psychanalytique s'étend à des situations plurisubjectives, telles le groupe, la famille, le couple et les institutions, l'espace psychique qui s'y développe est celui d'une réalité spécifique, commune et partagée entre les sujets qui composent ces entités. Depuis mes premières recherches sur l'appareil psychique groupal (1976), j'ai commencé à construire une troisième topique fondée sur l'articulation entre la réalité psychique commune et partagée, le monde interne du sujet singulier et l'espace du lien entre les sujets. Cette troisième topique est devenue nécessaire pour rendre compte de la manière dont le sujet se forme dans l'intersubjectivité comme sujet de l'inconscient, et de la part que ce sujet prend à la formation de la réalité psychique commune et partagée.
Key-words : troisième topique, intersubjectivité, incoscient
René Kaês emeritus Professor at the University Lumière Lione 2; Psychoanalyst; Ph D in Psychology and Human Sciences. Member of the "Société française de de Psychothérapie psychanalytique de groupe" affiliated at the "The International Association of Group Psychotherapy (IAPG).
Renè Kaes: kaes.rene@free.fr
Note
[1]J'en ai conçu la nécessité dès la fin des années 1960, j'en ai exposé et développé les propositions dans plusieurs travaux (d'abord en 1976, puis en 1993 et en 1999a) et récemment encore, dans Uno singolare Plurale. Quali aspetti dell'approccio psicoanalitico? dei gruppi riguardano gli psicoanalisti? Borla, Roma, (2007), ouvrage conjointement publié par la Psychoanalytical International Library .
[2]Je me limite à indiquer le principe de ces alliances et leur implication dans une troisième topique. Je n'en décris ni les principaux types ni leurs fonctions : structurantes, défensives offensive et pathologiques (cf. Kaës, 2007),
[3]S'il me faut donner une référence d'inspiration pour penser l'intersubjectivité, je la trouve chez P. Castoriadis-Aulagnier plutôt que chez J. Lacan. J'ai consacré une étude à la problématique de l'intersubjectivité chez P. Castoriadis Aulagnier. Sa préoccupation se marque dans trois notions importantes : le contrat narcissique conclu entre le sujet et « l'ensemble où le Je peut advenir » et sa fonction identificatoire ; la fonction de porte-parole accomplie par la mère qui accompagne les expériences psychiques de l'infans et la structuration de sa psyché par les énoncés d'interdit ; les états d'aliénation et le traitement par le collectif du désir d'auto-aliénation. (R. Kaës, 1998, trad ital. 1999b). .
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